Conseilsle 04 Avril 2007

L’achat d’une voile neuve ou d’occasion requiert certaines compétences qu’un débutant n’a pas. Le pilote qui achète sa première voile fait souvent confiance à son moniteur ou copain plus expérimenté. Avec un peu d’expérience, il est possible de se faire sa propre idée et de trouver la voile qui vous conviendra le mieux.

Commençons par les matériaux utilisés :
Les tissus :

Il en existe un grand nombre et pour tous les goûts. D’un grammage inférieur à 32 gr/m2 jusqu’à plus de 54 gr/m2, ils sont pas, peu ou très siliconés. En fonction du grammage et de l’enduction utilisée, Ils offrent une plus ou moins bonne résistance à la déchirure, la déformation et la porosité. Le grammage du tissu va influer sur le comportement de la voile de part la différence de poids et donc d’inertie du profil. Les tissus fortement siliconés (> 44gr/m2) proposent un très bon vieillissement en porosité mais apportent les désavantages inhérents au poids en plus d’une déformation accentuée par rapport au solvant.

De nouveaux tissus sont en permanence à l’étude. La difficulté est de trouver le meilleur compromis poids, porosité, déformation et résistance à la déchirure dans le temps.

Certains constructeurs utilisent plusieurs tissus différents sur un même modèle. Un pour l’extrados, un second pour l’intrados, un troisième pour les intercaissons et parfois un quatrième pour les diagonales. Et je ne parle pas des renforts de caissons, des gallons ni des bandes de renfort latéraux.

En effet, le vieillissement dû à l’abrasion, les U.V et autres ne s’appliquent pas de façon identique à ces endroits, ce qui change donc le cahier des charges en fonction de la pièce de tissus. On se moque, par exemple, que les cloisons intercaissons soient poreuses, mais on leur demande d’avoir une excellente résistance à la déformation, ce qui n’est pas le cas de l’extrados.

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour vous informer d’une caractéristique des voiles récentes. Les profils ayant gagné énormément en homogénéité, il est fréquent de voir nos bouts de chiffons venir taper au sol par l’avant s'il n’y a pas d’action pour contrer cette attaque. Comme la constructions et les matériaux utilisés sont d’excellente qualité maintenant, l’air ne peut pas s’échapper lors de la surpression provoquée par cette attaque au sol (surtout sur les voiles neuves) et peut occasionner des déchirures des intercaissons. De plus le tissu utilisé pour les nervures est un tissu plus rigide, de ce fait les fibres travaillant individuellement la résistance est moins importante que tissu plus souple ou les fibres vont travailler ensemble.

Les centres de réparation reçoivent deux à trois voiles par semaine. Il n’y a malheureusement pas de solution car même les petites ouvertures fermées par velcro en bout d’aile ne suffisent pas. Elles ne servent qu’à vider la voile des « indésirables ». La meilleure solution sera toujours de freiner cette attaque au maximum en plantant les freins. Eh oui, les nouvelles voiles ont les défauts de leurs qualités.

Les suspentes. Il en existe de deux grandes familles :

Type dyneema.
Ces suspentes sont très souvent gainées. Elles offrent une très bonne résistance à la rupture et ont une certaine élasticité qui favorise l’amortissement de l’ensemble. Malheureusement, elles se déforment dans le temps. Les avants restent stables mais les arrières ont tendance à se rétracter, ce qui peut provoquer des changements de comportement dangereux.
Type aramide.
Lorsqu’elles sont gainées, elles présentent la même apparence que les autres. Leur particularité est de n’avoir aucune élasticité. Elles ne se déforment pratiquement pas en vieillissant mais leurs fibres non élastiques sont plus cassantes et leur résistance à la rupture se détériore plus vite. Sur les voiles très performantes, pour réduire la traînée, les suspentes non gainées utilisées présentent beaucoup d’inconvénients. L’absence de gaine les rend beaucoup plus sensibles à toutes les attaques extérieures. Un soin tout particulier est nécessaire.

Les constructeurs utilisent souvent les deux types de suspentes. Lorsque c’est le cas, ils placent les aramides en bas car étant plus longues, ce sont celles qui souffrent le plus de la déformation. Il y a également d’autres raisons trop longues à expliquer pour cette fois.

Chaque marque possède un concepteur et une équipe de pilotes metteurs au point. Le concepteur met au point un modèle sur ordinateur en intégrant tout un tas de critères puis fait coudre le premier prototype. C’est alors que les pilotes multiplient les vols en jouant sur le calage de la voile. Et ce jusqu’à obtenir le résultat voulu. Il est parfois nécessaire de refaire un nouveau prototype. Certains modèles ont demandé plus d’une quinzaine de prototypes avant d’arriver au produit final. On serait en droit de se demander pourquoi autant de constructeurs et de modèles de voiles différents sont présents sur le marché. Simplement parce qu’il y a une multitude de pilotes différents ayant chacun son niveau, ses exigences, et son porte monnaie.

On comprendra aisément que ses caractéristiques telles que la mise en virage, la dureté et progressivité des commandes, le gonflage, son amortissement, etc… seront fonction de la sensibilité et des choix de l’équipe.

Tout ceci pour dire qu’une voile que tel pilote trouvera trop vive sera trop amortie pour un autre et il en sera de même pour chacune des caractéristiques que l’on peut trouver sur une voile.

Mais alors, comment choisir sa voile ?
Je vous dirai tout d’abord qu’une voile ne s’achète pas sur catalogue. Cela paraît évident et pourtant... Ce n’est pas parce qu’un très bon article est paru sur un magazine spécialisé que la voile vous plaira, et encore moins parce qu’un article paru sur votre voile n’est pas élogieux qu’il faut vous séparer de votre joujou.

Commencez par mettre sur papier tout ce qui caractérise votre pilotage, au sol et en l’air :
Êtes vous brusque ou très fin ?
Volez vous plutôt vite ou lent ?
Avez vous l’habitude d’enrouler serré ou très large ?
Utilisez vous votre accélérateur à plus de 50 % ?
Êtes vous un pilote plutôt stressé ou cool ?
Et les gonflages, est-ce facile ?
Faites vous de la compétition et si c’est le cas, cherchez vous à arriver le premier ou à finir le parcours ?

Le service après vente de votre voile ainsi que le choix des matériaux utilisés doivent influencer votre choix. J’arrête là les questions, mais la liste n’est pas exhaustive.
Tous ces critères vous aideront à savoir quelles sont les qualités de la voile que vous recherchez.
Sachant que la voile idéale serait celle qui pourrait voler le plus lentement et le plus vite, avoir le meilleur taux de chute, la meilleure finesse, une polaire plate, tourner à plat autour du stabilo etc.… mais elle n’existe pas, je vous le jure, même si certains vous le disent. (Désolé)

Mais toutes les voiles possèdent de très bonnes qualités dans certains domaines, à vous de choisir.
Il vous faut prendre en compte également l’environnement géographique dans lequel vous volez le plus souvent. Le pilote qui vole 90 % de son temps en bord de mer sur un site très venté donnera peut-être la priorité à une bonne vitesse bras haut. Un autre pilote sur un site de treuillé favorisera le taux de chute et la mise en virage. Ce qui m’amène à dire qu’une voile qui possède de très bonnes qualités pour la montagne ne sera pas forcément adaptée à la plaine et vice versa. 

Maintenant que vous avez choisi plusieurs voiles sur le joli catalogue, il ne vous reste plus qu’à les essayer.Définissons quelques règles de base pour se faire une bonne idée de la voile :
- Lisez le stickers avec le PTV, l’homologation, l’écartement de ventrale préconisé et autre,
- Contrôlez l’aspect général de cette voile car vous ignorez ce que les pilotes précédents lui ont fait subir.
- Commencez par une bonne séance de gonflage. Un bon pilote saura presque tout d’une voile en dix minutes de jeux au sol.
- Prenez votre sellette pour voler. Le gonflage au sol peut être fait avec un autre modèle mais pas les vols. Faites l’essai un jour de changer de sellette en gardant votre voile et vous verrez à quel point cela change les sensations que vous procure votre bébé.
- Volez sur un site que vous connaissez. Difficile de juger une voile sur un site que l’on découvre lorsqu’on n’est pas un pilote expérimenté.
- Explorez la masse d’air avant et après vos essais avec votre voile de façon à ne pas lui attribuer un défaut ou une qualité qui serait faussé par les conditions aérologiques.
- Prenez le temps de tout voir : les vitesses, la finesse, le taux de chute, les oreilles, 360, la maniabilité (ce qu’elle peut faire) et manœuvrabilité (la facilité à réaliser), plus tout ce qui vous importe.
Notez vos commentaires et impressions à chaud, cela vous évitera de confondre ou d’oublier après les 47 voiles que vous aurez essayé. (Là, le vendeur s’arrache les cheveux.)

Je ne vous ai volontairement pas parlé du prix. C’est l’élément qui doit être pris en compte à la fin pour une acquisition. Même si un modèle est plus cher de 200 €, cela ne justifie pas d’être moins bien sous une voile. Le prix finit toujours par être oublié mais la voile, elle, reste!...

Avec toutes ces indications, vous avez les éléments pour ne pas rater votre prochaine acquisition. Une voile ne s’achète pas comme un disque. Votre plaisir de voler pourrait s’en trouver diminué, voir disparaître. 

Hervé GABET

www.paraspot.com