Par José Anselmo
parapentecrossaddict.com
Vous voilà en passe de faire votre premier plaf’.
L’euphorie vous gagne.
Enfin, après tous ces thermiques enroulés, toutes ces petites frustrations lorsque vous perdiez l’ascendance à mi-parcours, vous y êtes presque : seulement 200 m vous séparent des barbules.
C’est déjà une victoire.
Prenez le temps de savourer cet instant : la journée est, d’une certaine manière, déjà gagnée.
Mais ne serait-il pas dommage qu’une fois de retour au sol, un goût de trop peu ou un « arf, j’aurais dû en profiter pour partir en cross » vienne ternir ce bonheur ?
Les premières tentatives de raccroche sont souvent hasardeuses.
Chez les pilotes qui découvrent le cross, il existe presque toujours une phase de progression durant laquelle la première transition se solde régulièrement par un échec.
Voici quelques conseils pour améliorer vos chances de réussite, en évitant certains écueils. Prenons les choses dans l’ordre et revenons au moment où vous êtes en train de vous extraire.
S’il n’y a pas de nuage, alors c’est parfait : vous n’avez pas de question à vous poser. Montez, encore et encore. Si ça se met à zéroter et qu’il y a du monde au-dessus, commencez par remonter au vent. Les jeunes pilotes sortent souvent sous le vent du thermique. Soyez patient, quitte à revenir vers le site et à tout recommencer. Une fois replacé dans le thermique, montez encore ! S’il y a des nuages, alors c’est parfait aussi !
Une fois suffisamment haut dans le thermique, mais bien avant d’arriver au plafond, prenez le temps de faire des micro-pauses.
Attendez d’être bien calé dans le thermique, puis, sur un tour ou deux, respirez, détendez-vous, profitez-en pour kiffer l’instant et regardez autour de vous.
Revenez ensuite à l’écoute de vos sensations et pilotez.
Si vous montez toujours aussi bien, refaites une micro-pause et commencez à observer les options qui s’offrent à vous.
Un nuage, pris isolément et sans connaître son historique, ne vous apprendra que peu de choses.
Sachez qu’un nuage s’observe dans un contexte aérologique : en le comparant aux autres, en l’analysant selon son placement, et surtout en tenant compte de sa tendance d’évolution.
C’est ainsi que vous pourrez avoir une idée précise du stade de son cycle de vie.
Attention : selon la configuration du moment et la relation entre votre nuage et les autres, plusieurs scénarios sont possibles.
Il serait illusoire d’être exhaustif ici.
Mais pas d’inquiétude, en appliquant cette méthode, vous constituerez une base de données extrêmement précieuse : la vôtre.
Attendre d’arriver au plafond pour faire cette lecture serait une erreur pour deux raisons.
D’une part, une fois aux barbules, il devient difficile de voir et comprendre ce qui se passe autour de vous.
Et d’autre part, vous devrez perdre du temps pour reconstituer l’historique.
Tout en haut, on est littéralement écrasé par le nuage, qui obstrue fortement la vision et rend la lecture du ciel quasi impossible.
Personnellement, je trouve que le meilleur compromis se situe entre 300 et 200 m sous le plafond. À cet endroit, la vision d’ensemble est optimale.
Vous êtes à moins de 2 minutes du plaf’, et c’est aussi le meilleur moment pour décider du prochain mouv’.
La décision se prend avant d’arriver au plafond.
Prenez un repère lointain au sol dans la direction qui vous intéresse : s’il y a des nuages, une fois en haut, vous ne verrez plus le suivant avant un certain temps.
Dans un premier temps, je conseille de bien faire le plaf’, surtout le premier.
En cas de dégueulante, contrairement à ce que l’on lit ou entend souvent, elle n’est pas systématique vous la subirez peu, voire pas du tout, au sommet du thermique, sauf si celui-ci est en fin de cycle.
Respecter scrupuleusement la règle des 45 degrés pendant toute la montée.
Vous ne serez pas aspiré et il est bien moins anxiogène d’avoir une porte de sortie.
Placer une micro-pause.
Ne vous précipitez pas : tout ne se joue pas à la seconde près.
L’astuce consiste à prendre une décision, à temporiser un peu avant de l’exécuter, à vérifier qu’elle reste la meilleure à l’instant t, puis à agir. Souvenez-vous qu’au parapente attendre est une action.
Les petits pas sont souvent de bonnes options. Toutefois, l’axe du vent est fréquemment le meilleur choix, pour peu que l’on soit dans le bon timing, bien placé en haut de l’ascendance, et que la transition ne soit pas démesurée.
En thermique bleu, le lit du vent est souvent la seule option viable.
À nuancer néanmoins : s’il existe un indicateur fort, un parapente ou rapace qui enroule et monte franchement et si c’est à portée de plume, alors le petit mouv’ peut être pertinent.
Ne vous faites pas de nœuds au cerveau.
En réalité, au parapente, nos options sont souvent limitées.
Vous n’êtes pas devant la carte interminable d’un restaurant, mais plutôt face à l’ardoise d’un trois-étoiles… avec seulement trois plats maximum.
C’est parti.
Vous quittez votre ascendance à l’assaut du prochain thermique.
Vous êtes vent de cul. Laissez flotter votre aile !
Évitez de l’accélérer (sauf nécessité réelle, ce qui est rarement le cas) : l’accélérateur tend le profil et réduit les sensations.
C’est le moment de savourer et de refaire une pause.
Plus loin, il faudra vous remobiliser pour enrouler à nouveau.
Viser l’une des trois zones du nuage.
L’astuce consiste à tenir compte de l’endroit par lequel vous êtes sorti au premier nuage.
En général, il existe une bonne répétabilité sur plusieurs nuages successifs.
En cas de doute, visez la zone du nuage située sur la bissectrice entre les rayons du soleil et l’axe du vent.
Bien évidemment, tout au long de la montée et de la transition, vous aurez vérifié la présence de plusieurs poses possibles dans votre cône d’évolution. Vous touchez enfin le thermique.
Il ne reste plus qu’à recommencer.
Quelles seraient vos options ?
Sans l’historique, le choix est délicat.
L’axe du vent invite à transiter directement sous le nuage au loin, tandis que la méthode des petits mouvements suggère de passer par la rue à droite.
Remarquez comme l’option à droite est toute proche.
En début de progression en cross, et dans le cas présent, je conseille le petit mouv’ à droite.
